Suis-je vraiment maître de mes propres pensées ? Descartes fonde toute certitude sur cette conviction – je pense, donc je suis –, quand Nietzsche et Freud la fissurent en profondeur : et si la conscience n'était qu'une couche superficielle, gouvernée par des forces – pulsions, inconscient – qui lui échappent entièrement ? Husserl et Merleau-Ponty déplacent la question ailleurs : plutôt qu'un pur regard sur le monde, la conscience n'est-elle pas comme un faisceau, toujours tournée vers quelque chose ? Bourdieu ajoute un soupçon plus inattendu encore : et si ce que je crois être mes goûts, mes choix, mes jugements les plus personnels, n'étaient que le produit d'un habitus social dont je n'ai, par définition, pas conscience ?