La liberté absolue
Thèse
Les objets du monde ont une essence qui détermine leur existence. Un artisan conçoit un coupe-papier dans sa tête avant de le fabriquer : le coupe-papier a des propriétés données d'avance, tout en lui est pré-déterminé. Pour l'homme, c'est l'inverse : il est jeté au monde sans but, sans fondement, sans nature qui lui dicterait comment être bon père, courageux ou honnête – à lui de le devenir, ou pas, par ses actes. Pour lui, l'existence précède l'essence : tout est à construire, le sens de la vie est à donner tout au long de la vie. L'homme est ainsi condamné à être libre : sans nature prédéfinie, sans Dieu pour lui dicter un rôle, il est entièrement responsable de ce qu'il fait de lui-même.
« L'homme est condamné à être libre : condamné parce qu'il ne s'est pas créé lui-même, et cependant libre, parce qu'une fois jeté dans le monde, il est responsable de tout ce qu'il fait. » – L'existentialisme est un humanisme, 1946
Exemples
- Liberté assumée : quitter un emploi confortable pour suivre une vocation, intervenir pour aider une personne en danger même si on se met soi-même en danger, ne pas voter à une élection... Quand on assume sa liberté, on reconnaît qu'on choisit toujours, même quand on choisit de ne rien changer.
- Mauvaise foi : je ne pouvais pas faire autrement, c'est mon caractère, mon éducation, la société... Dans la mauvaise foi, je me traite comme une chose déterminée. Je nie ce qui fait de moi un être humain.
Notes
À l'opposé de Kant (raison) et Descartes (évidence) : chez Sartre, la liberté est un fardeau vertigineux sans aucun filet. La liberté ne dépend pas de mon aptitude à user de ma raison, elle n'a pas à être conquise : elle m'échoit, elle m'habite, que j'en veuille ou non. Elle est le néant au cœur de ma conscience, irréductible à toute règle.
Débat
Hegel : la liberté sartrienne est trop abstraite, en réalité elle ne se réalise que dans l'histoire et les institutions. Spinoza : la liberté sartrienne n'est qu'une illusion, tout dans la nature est déterminé. Bourdieu : les dispositions qui nous font choisir ont été inculquées par la famille, l'école, la classe sociale – elles sont si profondément incorporées qu'elles semblent naturelles.