La conscience comme phénomène superficiel
Thèse
La conscience n'occupe qu'une place superficielle dans la vie psychique. Ce qui détermine réellement nos pensées, nos jugements et nos actions se trouve à un niveau plus profond : les instincts, les pulsions, les affects, les habitudes corporelles ; la volonté de puissance. La conscience n'est que la partie visible d'un ensemble beaucoup plus vaste de forces inconscientes. Elle ne dirige pas véritablement l'existence ; elle traduit après coup, de manière simplifiée et souvent déformée, des processus qui se sont déjà produits en profondeur. Ainsi, ce que nous appelons « décision consciente » est souvent l'interprétation tardive d'un choix déjà orienté par notre organisme. Pour Nietzsche, la conscience est moins un gouverneur qu'un porte-parole : elle explique ce qui a déjà été décidé ailleurs.
« La conscience est la dernière et la plus tardive évolution de la vie organique, et par conséquent ce qu'il y a de moins accompli et de plus fragile en elle. » – Le Gai Savoir, §11, 1882
Exemples
- Le choix d'un métier : une personne affirme qu'elle a choisi un métier après une réflexion rationnelle et objective. Elle pense avoir pesé les avantages et les inconvénients avant de prendre sa décision.
- L'interprétation de Nietzsche : le choix du métier peut avoir été influencé par le désir de reconnaissance, l'ambition, la recherche de pouvoir, l'admiration d'un modèle, des habitudes familiales, des pulsions profondes. La conscience intervient ensuite pour construire un récit cohérent et rationnel. Elle ne crée pas nécessairement la décision ; elle la justifie.
- La colère : lorsqu'une personne se met en colère, elle se trouve une raison (« Je me suis énervé parce que cette situation était injuste »). Cette justification consciente arrive fréquemment après l'apparition de l'affect lui-même. La conscience rationalise souvent des réactions dont elle n'est pas l'origine.
Notes
La volonté de puissance ne désigne pas seulement le désir de dominer autrui. Elle correspond plus largement à la tendance de tout être vivant à se développer, affirmer sa force, accroître sa puissance d'agir, imposer sa propre interprétation du monde. De nombreuses décisions apparemment rationnelles expriment cette dynamique profonde.
Débat
Freud : la conscience n'est pas superficielle – elle est le seul espace où la libération peut advenir, via la parole. Sartre : la conscience est liberté et ne peut être réduite à un simple commentaire des instincts. Bergson : si la conscience ne fait que commenter, comment expliquer l'expérience du choix ? Merleau-Ponty : la conscience est toujours incarnée : elle n'est ni toute-puissante ni purement superficielle.