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La conscience n'est qu'un moyen de survivre car l'homme est faible individuellement

Friedrich Nietzsche · XIXe siècle

Thèse

Un lion solitaire n'a pas besoin d'expliquer à ses congénères ce qu'il ressent ou ce qu'il projette de faire : sa force lui suffit. L'homme, comparativement chétif et vulnérable, n'a survécu qu'en groupe – en devant sans cesse se faire comprendre des autres, coordonner ses actions, transmettre ses états intérieurs. Pour Nietzsche, c'est de cette fragilité qu'est née la conscience : elle n'est pas le sommet de l'humain, mais une adaptation évolutive née de la faiblesse. L'homme, individuellement fragile, a dû apprendre à communiquer, à coopérer, à s'exprimer. La conscience est le produit de ce besoin grégaire : elle est sociale avant d'être individuelle, superficielle avant d'être profonde.

« La conscience ne fait pas proprement partie de l'existence individuelle de l'homme, mais plutôt de ce qui appartient chez lui à la nature de la communauté et du troupeau. » – Le Gai Savoir, §354, 1882

Exemples

  • L'origine grégaire de la conscience : l'homme isolé mourrait – il a besoin du groupe. Pour coopérer, il doit pouvoir communiquer ses états intérieurs. La conscience naît de cette nécessité sociale : elle est d'abord un langage intérieur calqué sur la communication extérieure.
  • Ce que la conscience rate : tout ce qui est vraiment individuel – les pensées les plus profondes, les instincts les plus singuliers – reste inconscient. La conscience ne saisit que ce qui peut être traduit en mots communs. Ce qui est proprement unique en moi m'échappe par définition.

Notes

Nietzsche anticipe ici la psychologie sociale et l'anthropologie : la conscience est façonnée par le langage et les normes du groupe. Ce qui ne peut pas être dit à autrui reste à jamais hors du champ conscient. La vraie singularité est muette.

Débat

Freud : la conscience n'est pas maîtresse d'elle-même – l'inconscient la gouverne. Mais l'inconscient n'est pas la vraie singularité : c'est un réservoir de désirs refoulés, non de grandeur. Sartre : la conscience est précisément ce qui arrache l'homme au troupeau – elle est liberté irréductible, non adaptation grégaire. Bergson : la singularité profonde n'est pas inconsciente – elle est accessible par l'intuition, au-delà du langage.