Je suis responsable de mes actes même inconscients et de mauvaise foi
Thèse
Une personne « oublie » systématiquement l'anniversaire de son partenaire, année après année, tout en jurant qu'elle l'aime profondément – et invoque à chaque fois un simple trou de mémoire, un mécanisme indépendant de sa volonté. Pour Sartre, cette excuse ne tient pas : l'inconscient freudien est une fiction commode, qui permet à la conscience de se disculper de ce qu'elle fait. Tout acte – même celui qu'on dit « inconscient » ou « involontaire » – est un choix. La mauvaise foi consiste précisément à se traiter soi-même comme une chose déterminée pour fuir la responsabilité de sa liberté. On est toujours responsable, même de ses fuites.
« [L'homme est] un être qui est ce qu'il n'est pas et qui n'est pas ce qu'il est. » – L'Être et le Néant, 1943
Exemples
- Le recours à l'inconscient (mauvaise foi) : « Ce n'est pas ma faute – c'est mon éducation, mon traumatisme d'enfance, mon inconscient. » Cette explication peut être vraie causalement, mais elle évite la question de la responsabilité : j'aurais pu, à chaque moment, me comporter autrement.
- L'acte de mauvaise foi (toujours choisi) : le garçon de café qui « ne peut pas » se comporter autrement que son rôle, la personne qui dit « c'est mon caractère » – ils se traitent comme des choses déterminées. Mais cette détermination est elle-même un choix : celui de ne pas choisir. Ce refus est un acte libre.
- La responsabilité totale : être responsable de ce qu'on est, y compris de ses lâchetés, de ses oublis, de ses « réflexes » – non pour se culpabiliser, mais parce que reconnaître sa liberté est la seule façon de pouvoir changer.
Notes
Sartre ne nie pas les déterminismes sociaux et psychologiques – il dit qu'ils ne suppriment pas la liberté. L'homme n'est jamais une chose : même dans les pires conditions, il garde la liberté de son rapport à sa situation. C'est à la fois vertigineux et éthiquement exigeant.
Débat
Freud : nier l'inconscient, c'est céder à la résistance – précisément ce que la conscience fait pour ne pas voir ce qui la dérange. La psychanalyse est plus honnête que Sartre sur l'étendue de notre ignorance de nous-mêmes. Bourdieu : la responsabilité sartrienne ignore les déterminismes sociaux incorporés dans l'habitus – on n'est pas « libre » de ses goûts, de son langage, de ses ambitions. Merleau-Ponty : le corps propre n'est pas entièrement transparent à la conscience – il y a des engagements corporels qui précèdent tout choix réfléchi.