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L'attitude naturelle : nous prenons le monde pour acquis

Edmund Husserl · XIXe–XXe siècle

Thèse

Dans la vie quotidienne, nous vivons dans « l'attitude naturelle » – nous prenons le monde tel qu'il se présente, sans le questionner. Nous présupposons spontanément l'existence des objets, des autres personnes et du monde extérieur, sans jamais mettre en doute cette évidence. La phénoménologie commence par suspendre cette attitude naturelle (par la méthode de l'époché) pour examiner comment le monde se constitue dans la conscience.

« Ainsi quand la conscience est vigilante, je me trouve à tout instant – et sans pouvoir changer cette situation – en relation avec un seul et même monde, quoique variable quant au contenu. Il ne cesse d'être "présent" pour moi ; et j'y suis moi-même incorporé. » – Idées directrices pour une phénoménologie, §27, 1913 (trad. Paul Ricœur)

Exemples

  • L'évidence non questionnée : en me levant le matin, je n'examine pas si la table existe vraiment, si les autres ont réellement une conscience, si le temps passé s'est vraiment écoulé. Ces certitudes sont si fondamentales qu'elles fonctionnent en dehors de toute réflexion. C'est l'attitude naturelle.
  • Le passage à l'attitude philosophique : la phénoménologie demande de « mettre entre parenthèses » cette évidence – non pour nier l'existence du monde, mais pour examiner comment il apparaît à la conscience. Ce geste (l'époché) transforme le philosophe en observateur de sa propre expérience du monde.

Notes

L'attitude naturelle est le point de départ de toute la phénoménologie husserlienne. Réussir à mettre entre parenthèses nos certitudes est un geste particulièrement exigeant, qui demande rigueur et entraînement, car l'attitude naturelle nous rattrape toujours. Elle est en quelque sorte le fond indépassable de notre existence, conclusion à laquelle Husserl arrivera lui-même dans ses derniers travaux (la Crise des sciences européennes), avec les concepts de monde de la vie et de synthèse passive.

Débat

Heidegger : vouloir remonter en-deça de l'attitude naturelle est parfaitement juste, mais que Husserl s'en serve pour aboutir à un Ego transcendantal montre qu'il rate l'essentiel – le fait que l'être humain est un Ouvert, un sans-fond, et non un fondement sur lequel on peut bâtir toutes les certitudes de l'attitude naturelle et de la science. Merleau-Ponty : la phénoménologie ne doit pas chercher à dépasser l'attitude naturelle – elle doit la décrire de l'intérieur, depuis la perception vécue. Wittgenstein : ce que Husserl appelle « attitude naturelle » correspond à ce que Wittgenstein appelle « forme de vie » – une pratique partagée qui ne peut pas être mise entre parenthèses sans perdre son sens.