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La mauvaise foi

Jean-Paul Sartre · XXe siècle

Thèse

Le mensonge qu'on se fait à soi-même pour fuir sa liberté et sa responsabilité. La liberté absolue qui est la nôtre est parfois lourde à assumer, nous avons des choix difficiles à faire, nous devons assumer nos erreurs et nos ratages. Dans ces cas-là, il nous arrive de nous traiter nous-mêmes comme des objets, comme des choses déterminées (« Je suis toujours inquiet, je suis colérique »), afin d'éviter l'angoisse du choix. Dans la mauvaise foi, je me mens à moi-même sur ce que je suis (libre, et non une identité figée), ce qui est paradoxal puisqu'il faut bien alors qu'une part de moi soit consciente du mensonge.

« L'acte premier de mauvaise foi est pour fuir ce qu'on ne peut pas fuir, pour fuir ce qu'on est. » – L'Être et le Néant, 1943

Exemples

  • Le garçon de café : il incarne si parfaitement son rôle qu'il s'identifie totalement à sa fonction. Il reprend les codes du métier qu'il a vus ailleurs, il "joue" à être garçon de café. Ce faisant, il se fige dans une identité qui n'est pas la sienne, puisque la seule identité de l'humain est qu'il n'a pas d'identité : il se la forge continuellement dans chacun de ses choix.
  • « Je suis maladroit, je suis fébrile dans les moments importants, je suis quelqu'un de stressé... » : chaque fois que je me définis comme une essence figée, je suis de mauvaise foi. Je me sers de cette excuse pour ne pas assumer que je pourrais agir différemment.

Notes

La mauvaise foi est le pendant exact de la liberté sartrienne : si l'humain est condamné à être libre, alors il est aussi condamné à pouvoir se mentir sur cette liberté. La mauvaise foi n'est pas un accident psychologique – c'est une structure permanente de la réalité humaine. Il est impossible d'y échapper totalement, même en la reconnaissant.

Débat

Freud : ce que Sartre appelle mauvaise foi, c'est simplement le refoulement inconscient – un mécanisme de défense psychique, non un choix paradoxal de la conscience. Sartre répond par avance à cette objection : contrairement à l'inconscient freudien, la mauvaise foi n'est pas cachée à une instance qui l'ignorerait – c'est la même conscience qui se ment et qui sait qu'elle se ment, ce qui rend l'hypothèse d'un « ça » séparé du « moi » inutile.