Le corps propre est notre mode d'être-au-monde
Thèse
Je ne suis pas une conscience qui habite un corps – je suis mon corps. Le corps propre n'est pas un objet parmi les objets du monde : c'est le point zéro de l'orientation, le véhicule de l'être-au-monde. Percevoir, agir, comprendre – tout cela se fait depuis et par le corps. La conscience n'est pas dans la tête : elle est diffuse dans la motricité, la perception et l'intercorporéité.
« Le corps propre est le véhicule de l'être au monde. » – Phénoménologie de la perception, 1945
Exemples
- Le corps comme schéma corporel : je sais où est ma main sans la regarder – j'ai un sens implicite de mon corps dans l'espace. Ce schéma corporel me permet d'agir sans réfléchir : conduire une voiture, taper à la machine, jouer d'un instrument. Le corps « sait » avant que la conscience explicite intervienne.
- La canne de l'aveugle : l'aveugle expert ne perçoit pas la canne – il perçoit le monde à travers elle. La canne est devenue une extension de son corps propre. De même, l'outil familier disparaît dans l'usage – le marteau du menuisier compétent n'est plus un objet mais un prolongement de sa main. Le corps s'étend dans ses outils.
Notes
Merleau-Ponty dépasse à la fois le dualisme cartésien (corps/âme comme deux substances) et le behaviorisme (le corps comme simple mécanisme). Son concept de corps propre a eu des influences sur la psychologie cognitive, les neurosciences et la robotique.
Débat
Sartre : le corps est fondamentalement ce que l'autre voit – il est être-pour-autrui autant qu'être-pour-soi. Merleau-Ponty ignore la dimension de l'objectivation du corps par le regard. Descartes : le corps propre que décrit Merleau-Ponty reste un corps – la conscience qui s'y rapporte comme « véhicule » doit en être distincte. Husserl : Merleau-Ponty abandonne trop vite la réduction phénoménologique – en ancrant la conscience dans le corps, il risque de naturaliser la subjectivité.