Le problème du langage commence par une question toute simple : à quoi sert-il vraiment ? À exprimer une pensée qui existait déjà avant les mots pour la dire (Locke), ou au contraire à la faire exister, puisque rien de ce que je pense vraiment ne prend forme avant que je cherche comment le dire (Hegel) ? Encore faut-il comprendre le lien entre un mot et la chose qu'il désigne. Est-ce une pure convention, sans aucune nécessité – pourquoi « chien » plutôt qu'un autre son (Saussure) ? Ou le sens des mots contient-il son propre piège, soit parce qu'il nous trompe en déposant des étiquettes sur les choses (Bergson), soit parce qu'il naît non des mots eux-mêmes mais de leur usage (Wittgenstein), soit encore parce qu'il est inévitablement porteur d'un décalage, d'une « différance » (Derrida) ? Plus troublant encore : suis-je vraiment celui qui parle ma langue – ou est-ce elle qui, à travers moi, décide de ce que je peux penser et dire (Heidegger) ?