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La différance

Jacques Derrida · XXe siècle

Thèse

Derrida forge un néologisme volontairement inaudible : à l'oral, « différance » se prononce exactement comme « différence ». Cette homophonie n'est pas un jeu gratuit – elle met en scène, par sa forme même, ce que le concept désigne : un écart qui existe à l'écrit mais s'efface à l'oral. Derrida reprend ici une idée du linguiste Saussure : un signe n'a pas de sens en lui-même, il tire son sens de son opposition aux autres signes du système, non d'une essence qui lui serait propre. Le sens est donc toujours différent, produit par cet écart. Mais il est aussi différé : pour définir un mot, il faut toujours recourir à d'autres mots, qui renvoient eux-mêmes à d'autres mots, sans fin – de sorte que le sens plein, immédiatement présent, n'arrive jamais : il est perpétuellement reporté.

« La différance est ce qui fait que le mouvement de la signification n'est possible que si chaque élément dit "présent" [...] se rapporte à autre chose que lui-même. » – La Différance, 1968

Exemples

  • Le sens différent : le mot « chien » n'a de sens que parce qu'il n'est pas « chat », « cheval », « loup » – le sens naît des écarts.
  • Le sens différé : pour définir « chien », on cherche d'autres mots – qui renvoient à d'autres mots encore. C'est l'expérience que l'on fait chaque fois que l'on ouvre un dictionnaire : les mots renvoient toujours à d'autres mots. Le sens complet n'arrive jamais.

Notes

Le concept de Différance est doublement génial : c'est un concept qui ne se prononce pas, et qui renvoie à l'impossibilité du sens plein. Sa forme (le mot inaudible) est une démonstration de son contenu (le sens qui nous échappe).

Débat

Searle : Derrida pousse trop loin – le sens n'est pas infiniment différé, il y a des actes de langage qui fonctionnent. Habermas : la déconstruction derridienne est auto-réfutatrice – elle utilise le langage pour dire que le langage ne dit rien de stable.