Les animaux n'ont pas de vrai langage car ils ne pensent pas
Thèse
Le vrai langage exige une pensée – la capacité de former des idées et de les exprimer librement dans des situations nouvelles et variées. Les animaux peuvent émettre des sons complexes et produire des comportements élaborés, mais tout cela est mécanique : ils ne pensent pas, ils ne font que réagir à des stimuli selon leur programme biologique. L'absence de pensée implique l'absence de vrai langage.
« La principale raison, selon moi, qui peut nous persuader que les bêtes sont privées de raison, est que [...] on n'a point cependant encore observé qu'aucun animal fût parvenu à ce degré de perfection d'user d'un véritable langage, c'est-à-dire qui nous marquât par la voix, ou par d'autres signes, quelque chose qui pût se rapporter plutôt à la seule pensée qu'à un mouvement naturel. » – Lettre à Morus, 5 février 1649
Exemples
- La pie qui dit « bonjour » (imitation mécanique) : une pie peut répéter des mots humains – mais elle ne les comprend pas, ne les adapte pas à la situation, ne peut pas répondre à une question imprévue. C'est un mécanisme d'imitation, non un acte de langage.
- Le test de Descartes (adaptabilité) : un vrai locuteur répond à n'importe quelle question imprévue, comprend la métaphore, s'adapte au contexte. Aucun animal ne passe ce test. Sa « communication » est limitée à un répertoire fixe de signaux – elle ne peut pas créer du sens nouveau.
Notes
Le test de Descartes anticipait le test de Turing (1950) : ce qui distingue l'homme de la machine (ou de l'animal) est sa capacité à produire un discours adapté à toutes les situations. Les LLM modernes compliquent radicalement cette frontière cartésienne – ils passent le test de Turing sans pour autant avoir une âme au sens cartésien.
Débat
Montaigne : l'incapacité à passer le test de Descartes dit peut-être que les animaux pensent autrement, non qu'ils ne pensent pas. Darwin : la pensée n'est pas binaire – il y a un continuum entre les capacités cognitives animales et humaines. Chomsky (paradoxalement proche de Descartes sur ce point) : le langage humain est récursif et génératif – cette propriété spécifique n'a pas d'équivalent dans la communication animale.