Le langage sert à communiquer et à conserver la mémoire
Thèse
Le langage remplit deux fonctions fondamentales : permettre aux hommes de communiquer leurs pensées intérieures à autrui – ce qui rend possible la vie sociale et la coopération – et fixer les pensées dans des mots pour pouvoir les rappeler, les conserver et les transmettre. Sans le langage, la pensée resterait fugitive et la connaissance ne pourrait pas s'accumuler.
« Dieu ayant fait l'homme pour être une créature sociable, [...] lui a donné la faculté de parler, pour que ce fût le grand instrument et le lien commun de cette société. » – Essai philosophique concernant l'entendement humain, III, I, §1, 1689
Exemples
- La communication (fonction sociale) : sans langage commun, deux hommes ne peuvent pas coopérer au-delà du geste immédiat. C'est le langage partagé qui permet la division du travail, le commerce, la politique, la science – toute vie sociale organisée.
- La mémoire (fonction cognitive) : sans mots pour les fixer, les idées restent fugitives. Nommer une expérience, c'est la rendre saisissable, mémorisable, transmissible. Les mathématiques, la philosophie, la science ne peuvent exister que parce que le langage permet de conserver et d'accumuler des pensées à travers le temps et les générations.
Notes
Locke développe les usages du langage comme outil social et cognitif. Sa position est instrumentale – le langage est un outil au service de pensées préexistantes. Platon avait une méfiance envers l'écriture (qui fixe les pensées mais les fige et coupe le dialogue) que Locke ne partage pas.
Débat
Hegel : le langage ne se contente pas de communiquer des pensées – il les constitue. En fixant une pensée dans un mot, on la transforme. Bergson : fixer la pensée dans des mots, c'est aussi la déformer – les mots sont des catégories générales qui trahissent la singularité de l'expérience vécue. Derrida : l'écriture (forme de fixation de la mémoire) n'est pas un simple outil – elle transforme le rapport à la parole et à la vérité.