Les mots permettent aux hommes de délibérer et de s'entendre sur le juste
Thèse
Contrairement aux autres animaux qui n'ont que le bruit pour exprimer plaisir et douleur, l'homme possède le logos – le langage rationnel. Cette faculté lui permet non seulement de communiquer, mais de délibérer sur le juste et l'injuste, le bien et le mal, l'utile et le nuisible. C'est le logos qui fonde la cité et rend l'homme un animal politique.
« La voix est le signe du douloureux et de l'agréable, aussi la rencontre-t-on chez les animaux [...] Mais le langage existe en vue de manifester l'avantageux et le nuisible, et par suite le juste et l'injuste. » – Politique, I, 2, 1253a (trad. J. Tricot)
Exemples
- La voix animale (expression brute) : le chien aboie de douleur, la poule caquette de satisfaction – des signaux émotionnels immédiats. Ces sons informent, mais ils ne délibèrent pas. Ils expriment des états – ils ne discutent pas de leur valeur.
- Le logos humain (délibération politique) : deux citoyens débattent de si telle loi est juste ou injuste, si telle guerre est utile ou nuisible. Ce débat suppose des mots qui portent des concepts universels – justice, bien commun, intérêt. C'est ce qui rend la vie politique possible, et la cité supérieure à la meute.
Notes
Aristote distingue soigneusement la voix (phônè) commune aux animaux et au langage humain, et le logos (discours rationnel) propre à l'homme. Ce logos n'est pas seulement un outil de communication – il est constitutif de la vie politique et de la capacité à penser le juste. La cité est la seule communauté fondée sur le logos, non sur l'instinct.
Débat
Montaigne : les animaux communiquent avec une complexité qu'Aristote sous-estime – leur langage est peut-être moins une absence de logos qu'une forme différente. Rousseau : le logos politique peut aussi produire la démagogie et la sophistique – la parole ne mène pas toujours vers le juste. Habermas : le langage rationnel est le fondement de l'éthique de la discussion – la vérité morale se construit dans le débat libre.