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La pensée préexiste au langage

John Locke · XVIIe siècle

Thèse

Le langage n'est pas la pensée – il en est l'expression. Les idées existent dans l'esprit avant d'être habillées de mots : les mots sont des signes arbitraires que les hommes ont inventés pour communiquer à autrui leurs pensées intérieures. La pensée est première ; le langage est son véhicule, son instrument de communication.

« Les mots ne signifient autre chose, dans leur première et immédiate signification, que les idées qui sont dans l'esprit de celui qui s'en sert. » – Essai philosophique concernant l'entendement humain, III, II, §2, 1689

Exemples

  • L'idée avant le mot : je perçois la couleur rouge avant d'avoir appris le mot « rouge ». L'idée est dans mon esprit ; le mot n'est que l'étiquette conventionnelle que ma communauté a attachée à cette idée. Si j'avais grandi en France, ce serait « rouge » – en Angleterre, « red ». L'idée reste la même.
  • Langues différentes, mêmes idées : un Français et un Chinois peuvent avoir la même idée de « chien » – ils l'expriment avec des mots radicalement différents. L'identité de la pensée à travers la diversité des langues confirme que la pensée est indépendante du langage particulier.

Notes

Locke s'inscrit dans la tradition empiriste : les idées viennent de l'expérience sensible, et les mots ne sont que des signes conventionnels pour les désigner. Cette position sera contestée par Hegel (le mot constitue la pensée) et par la linguistique moderne (Saussure, Whorf) qui montreront que la langue structure la pensée au lieu de simplement l'exprimer.

Débat

Hegel : la pensée sans langage est abstraite et informe – c'est en cherchant les mots que la pensée se précise et existe vraiment. Wittgenstein : les limites de mon langage sont les limites de mon monde – il n'y a pas de pensée pure avant le langage. Whorf (hypothèse Sapir-Whorf) : la structure de la langue détermine les catégories de la pensée – les locuteurs de langues différentes ne pensent pas tout à fait les mêmes idées.