Pour nombre de penseurs, la question d'autrui est un vrai problème. Fort de ma vie intérieure, je n'ai pas de doute sur l'existence de ma propre conscience. Mais comment puis-je avoir la même certitude au sujet d'autrui ? Comment accéder à sa conscience pour voir en lui un alter ego ? Montaigne y voit une question de confiance : la relation vraie à autrui repose sur une ouverture entière plutôt que sur la méfiance calculée. Descartes et Husserl identifient l'ego comme premier, et autrui comme accessible seulement après coup, par analogie. Mais cette position fait l'objet de vives critiques : le monde de la vie quotidienne est social depuis l'origine, non reconstruit après coup depuis un sujet isolé (Schütz) ; l'être-avec n'est pas une expérience seconde qu'il faudrait fonder, mais une structure originaire de l'être humain (Heidegger) ; c'est par le corps et le dialogue, non par un pur raisonnement, que j'accède à autrui (Merleau-Ponty ).