Le doute radical
Thèse
Une méthode qui consiste à douter de tout de façon systématique. Mes sens peuvent me tromper, je suis peut-être en train de rêver le monde extérieur, un malin génie peut très bien faire en sorte que les mathématiques soient une illusion... Le but est d'arriver à douter de tout, jusqu'à trouver une vérité absolument certaine, qui résiste au doute et sur laquelle je peux donc fonder la connaissance : le cogito – je pense donc je suis. Ce n'est pas une certitude isolée : c'est le point fixe absolu à partir duquel Descartes entend reconstruire, pierre par pierre, l'édifice entier du savoir – la nature de l'âme, l'existence de Dieu, puis celle du monde extérieur.
« […] je jugeai que je pouvais [la] recevoir sans scrupule pour le premier principe de la philosophie [...] : Je pense, donc je suis » – Discours de la méthode, in Œuvres de Descartes, t.I, F.G. Levrault (également Vrin, p. 89
Exemples
- Les sens me trompent : une tour carrée me paraît ronde de loin. Un bâton droit semble se briser quand je le plonge dans l'eau.
- Même les mathématiques ne résistent pas totalement au doute : deux et trois font toujours cinq, un carré a toujours quatre côtés, quel que soit l'état du monde. Mais Descartes se souvient qu'il croit depuis toujours en un Dieu tout-puissant, qui a pu le créer tel qu'il est. Or si ce Dieu le voulait, ne pourrait-il pas faire qu'il se trompe chaque fois qu'il compte, chaque fois qu'il additionne, sans même s'en apercevoir ?
- Le doute peut aller plus loin encore : et s'il n'y avait, en réalité, ni ciel, ni terre, ni aucun corps étendu – pas même le mien –, alors que Dieu lui en donne le sentiment aussi vif et certain que s'ils existaient vraiment ? Rien, à ce stade du raisonnement, ne permet à Descartes d'exclure cette possibilité.
- Je peux douter de tout, sauf du fait que je doute. Or douter, c'est penser, et si je pense, cela veut forcément dire que j'existe, j'en fais l'expérience immédiate et indubitable. Le cogito est la seule certitude indestructible.
Notes
Le doute est un outil pour atteindre le certain, pas un scepticisme définitif. Descartes déroulera son raisonnement à partir du cogito pour fonder la science et la connaissance. Aussi, il est important de noter que le cogito change dans l'œuvre majeure de Descartes : il devient « Je suis, j'existe » dans les Méditations métaphysiques. La nuance tient au fait que le cogito n'est pas un raisonnement, je ne déduis pas mon existence du fait que je pense. Aussi longtemps que je pense, j'existe. Penser, c'est exister. Je ne conclus pas mon existence, je la saisis immédiatement, intuitivement.
Débat
Hume : le doute cartésien lui-même repose sur des habitudes mentales qu'on ne peut pas fonder rationnellement. Sartre : le cogito ne prouve pas l'existence d'une substance pensante, seulement qu'il y a de la pensée.