De nos jours plus que jamais se pose la question du statut des animaux. Kant limite nos devoirs aux seuls êtres doués de raison. Pourtant, il insiste sur le fait que maltraiter un animal, sans être un mal en soi, révèle un esprit médiocre chez celui qui le fait. Tout change si, avec Montaigne, on part du principe que ce n'est pas la raison qui fonde un devoir, mais la capacité à souffrir : or comme les animaux souffrent, s'attachent, comme nous, ils méritent alors une toute autre considération. Singer pousse cette logique jusqu'à son terme le plus inconfortable : si la souffrance seule compte, refuser de la considérer également chez tous les êtres sensibles en raison de leur espèce ne reviendrait-il pas à une discrimination du même ordre que le racisme ou le sexisme ?