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Les êtres naturels méritent respect parce qu'ils sont sensibles

Michel de Montaigne · XVIe siècle

Thèse

La cruauté envers les animaux n'est pas seulement laide – elle est moralement condamnable. Les animaux souffrent, ressentent, s'attachent : cette capacité à la souffrance fonde un lien de solidarité entre l'homme et eux. Maltraiter un être sensible sans nécessité, c'est violer quelque chose d'essentiel dans notre rapport à la vie.

« Pour moi, je n'ai pu voir seulement, sans déplaisir, poursuivre et tuer une bête innocente qui est sans défense et de qui nous ne recevons aucune offense. » – Les Essais, II, 11

Exemples

  • L'animal comme être sensible : le chien qui souffre sous les coups, le cheval épuisé sous le fardeau, l'oiseau en cage – Montaigne reconnaît dans ces souffrances quelque chose qui nous concerne, qui nous oblige. La souffrance est un langage universel entre vivants.
  • La continuité entre l'homme et l'animal : Montaigne refuse la frontière absolue entre l'homme et la bête. Les animaux ont de la mémoire, des attachements, une forme d'intelligence pratique. Cette continuité interdit de les traiter comme de simples choses.

Notes

Montaigne est l'un des premiers penseurs occidentaux à fonder une éthique de la sensibilité animale – bien avant les théories modernes du bien-être animal (Singer, Bentham). Sa position anticipe directement l'utilitarisme : ce qui compte moralement, c'est la capacité à souffrir, non la raison ou le langage.

Débat

Descartes : les animaux sont des automates – des machines sans âme ni souffrance véritable. Leurs cris ne sont que des mécanismes. Kant : nous devons traiter les animaux avec égard non par devoir direct envers eux, mais parce que la cruauté envers eux endurcit notre sensibilité morale envers les hommes. Singer : si la souffrance est le critère moral, alors les animaux ont des droits égaux à ceux des hommes souffrant de façon identique.