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Le spécisme est une discrimination injustifiable, comme le racisme ou le sexisme

Peter Singer · XXe-XXIe siècle

Thèse

Le principe d'égale considération des intérêts, fondement de toute éthique rationnelle, interdit de favoriser systématiquement les intérêts d'un groupe sur ceux d'un autre pour des raisons arbitraires comme la race ou le sexe. Or refuser de prendre en compte les intérêts des animaux non-humains – en particulier leur intérêt fondamental à ne pas souffrir – au seul motif qu'ils n'appartiennent pas à l'espèce humaine relève du même type de discrimination arbitraire, que Singer nomme « spécisme ». Puisque la capacité à souffrir, et non l'intelligence ou le langage, est le critère pertinent de considération morale, l'élevage industriel et l'expérimentation animale constituent une injustice massive et largement ignorée.

« [Le spécisme est] un préjugé ou une attitude de parti pris en faveur des intérêts des membres de sa propre espèce et à l'encontre des membres des autres espèces. » – La Libération animale, 1975

Exemples

  • De même qu'un raciste accorde moins de poids aux intérêts d'une personne en raison de sa race, celui qui inflige sans nécessité une souffrance intense à un animal d'élevage industriel, tout en refusant d'infliger une souffrance comparable à un être humain, accorde arbitrairement moins de poids à la souffrance animale au seul motif de l'appartenance d'espèce.
  • Singer souligne qu'un grand singe ou un cochon adulte possède des capacités cognitives et une sensibilité à la souffrance souvent supérieures à celles d'un nourrisson humain ou d'une personne atteinte de handicap mental sévère – ce qui rend incohérent, selon lui, un critère moral fondé sur la seule appartenance à l'espèce humaine.

Notes

Singer refuse la notion de « droits » des animaux au profit d'une prise en compte de leurs intérêts proportionnelle à leur capacité de souffrance – une approche utilitariste, non déontologique, du problème.

Débat

Descartes : les animaux sont des automates dépourvus de conscience et de sensibilité véritable – leurs cris de douleur apparente ne sont que des réactions mécaniques, sans aucune expérience subjective de souffrance. Kant : seuls les êtres rationnels, capables de se donner une loi morale à eux-mêmes, peuvent être des sujets de droits et de devoirs directs ; nos devoirs envers les animaux ne sont qu'indirects. Tom Regan : Singer a raison de vouloir étendre la considération morale aux animaux, mais son utilitarisme reste dangereux – il pourrait en théorie justifier de sacrifier un animal si cela maximisait le bien-être global ; il faut plutôt reconnaître aux animaux des droits individuels inviolables.