À quoi sert la philosophie, et que peut-elle vraiment atteindre ? Platon en fait la condition même du bon jugement politique : personne ne ferait voter le public d'un concert sur l'interprétation d'une symphonie, de même seuls ceux qui possèdent un vrai savoir devraient décider du juste et de l'injuste. Protagoras s'oppose déjà, dans l'Antiquité, à cette prétention à la vérité objective : chaque homme est la mesure de ce qui est pour lui, il n'existe pas de vérité universelle à découvrir. Pyrrhon en tire une conséquence radicale : puisqu'on peut produire des arguments également convaincants pour et contre toute thèse, mieux vaut suspendre son jugement pour atteindre la tranquillité de l'esprit. Wittgenstein, bien plus tard, borne le champ légitime de la philosophie au langage lui-même : sur ce dont on ne peut pas parler, il faut se taire, la signification d'un mot n'étant jamais que son usage dans le langage. Averroès, enfin, refuse qu'on oppose philosophie et religion : loin d'être une menace, l'exercice rationnel de la pensée est rendu obligatoire par la Loi religieuse elle-même.