Percevoir le monde, est-ce recevoir passivement des informations, ou déjà y être engagé corporellement ? Husserl montre que nous ne percevons jamais un objet en totalité, mais toujours par esquisses successives, des profils partiels que notre esprit complète sans même s'en apercevoir. Merleau-Ponty va plus loin : le corps n'est pas un simple instrument de perception parmi d'autres objets du monde, il est notre mode même d'être-au-monde, ce par quoi nous habitons l'espace sans avoir à le calculer, comme quand on descend un escalier sans y penser. Il propose enfin l'image du chiasme, un entrelacement entre le corps qui touche et celui qui est touché, pour dépasser la séparation trop nette entre sujet percevant et objet perçu. Bergson, de son côté, attribue à l'art un pouvoir que la perception ordinaire n'a pas : celui d'écarter le voile de l'habitude pour nous faire enfin voir ce que nous regardons sans le voir vraiment.