Le zombie philosophique
Thèse
Il est concevable qu'existe un être physiquement identique à un être humain en chaque particule, chaque comportement, chaque réaction – mais dépourvu de toute expérience intérieure : rien ne se « vit » en lui. Pour Chalmers, cette seule possibilité conceptuelle suffit à établir que la conscience n'est pas réductible à l'organisation physique du cerveau, aussi complète soit sa description. Si un duplicata physique parfait sans conscience est simplement pensable sans contradiction, alors la conscience ajoute quelque chose au monde physique que la physique seule ne peut pas capturer.
« […] let us consider my zombie twin. This creature is molecule for molecule identical to me, and identical in all the low-level properties postulated by a completed physics, but he lacks conscious experience entirely. » – David Chalmers, The Conscious Mind, 1996, p. 94. Traduction : « […] considérons mon jumeau zombie. Cette créature m'est identique molécule pour molécule, identique en toutes les propriétés de bas niveau postulées par une physique achevée, mais elle est totalement dépourvue d'expérience consciente. »
Exemples
- Un robot équipé de capteurs de douleur retire son bras et émet « aïe » au contact d'une flamme, exactement comme un humain – sans pour autant qu'une vraie douleur soit ressentie de l'intérieur.
- Un être humain retire son bras et crie devant la même flamme : le comportement est identique au robot, mais quelque chose – la douleur elle-même – s'y ajoute, vécu de l'intérieur. La douleur est devenue une expérience.
- Un thermostat « réagit » à la baisse de température en déclenchant le chauffage, sans pour autant ressentir le froid.
- Un assistant conversationnel peut produire un texte exprimant une détresse convaincante, sans qu'il existe, derrière ces mots, la moindre expérience vécue.
Notes
Le zombie philosophique n'a rien à voir avec le zombie du folklore populaire : il ne marche pas les bras tendus et ne mange pas de cerveaux – il se comporte au contraire de façon rigoureusement normale. L'expérience de pensée ne prétend pas que de tels zombies existent réellement, seulement qu'ils sont concevables sans contradiction logique, ce qui suffit selon Chalmers à réfuter le physicalisme réductionniste, la thèse selon laquelle tout fait mental se ramène entièrement à un fait physique.
Débat
Descartes : anticipe le clivage – sa distinction entre res cogitans et res extensa affirme que la pensée consciente n'appartient pas à l'ordre de la matière étendue, aussi parfaitement organisée soit-elle. Leibniz : propose une image similaire – même agrandi à la taille d'un moulin dont on pourrait parcourir les rouages, le cerveau ne laisserait jamais voir la perception elle-même. Dennett : nie la cohérence même du zombie – un être qui se comporterait, parlerait et réagirait en tout point comme un être conscient serait, par définition, conscient.