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L'élan vital

Henri Bergson · XIXe–XXe siècle

Thèse

Une pulsion initiale, une force intérieure qui traverse et anime tout le vivant, le poussant à se diversifier, innover et évoluer de manière imprévisible et créatrice. Comment expliquer que l'œil, organe d'une telle complexité, soit apparu séparément chez des lignées aussi éloignées que la pieuvre et les vertébrés ? Ni le pur hasard mécanique, ni un plan tracé d'avance ne suffisent à l'expliquer, selon Bergson : c'est le même élan originel qui, empruntant des chemins différents, aboutit à des solutions semblables. Un jaillissement continu qui invente sans cesse de nouvelles formes de vie.

« […] l'hypothèse d'un élan originel, je veux dire d'une poussée intérieure qui porterait la vie, par des formes de plus en plus complexes, à des destinées de plus en plus hautes. » – L'Évolution créatrice, Chapitre II, Félix Alcan, 1908, p. 111

Exemples

  • Ce que la science explique : le mécanisme de l'évolution (mutations, sélection naturelle) décrit le comment, mais pas le pourquoi du foisonnement des formes vivantes. L'intelligence pratique, scientifique, ne peut pas penser le vivant car elle n'admet pas l'imprévisible.
  • Ce que l'élan vital ajoute : la créativité même du vivant – comme une gerbe d'étincelles s'éparpillant en directions imprévisibles.

Notes

Face au conatus (persévérer) et à la volonté de puissance (se dépasser), l'élan vital est collectif et cosmique. Pour Bergson, la vie vient en quelque sorte avant le vivant. Le vivant, les formes de vie organique, apparaissent pour surmonter la matière et sa pesanteur, qui s'opposent à l'élan vital. « La vie est un effort pour remonter la pente que la matière descend. »

Débat

Monod (biologie moderne) : ce que Bergson prenait pour la preuve d'un élan créateur, la biologie moléculaire l'explique par les imperfections du mécanisme de réplication de l'ADN – le hasard et la nécessité suffisent, sans recours à une force vitale. Teilhard de Chardin : prolonge l'intuition bergsonienne en l'articulant à une finalité cosmique – l'évolution converge vers une complexification croissante de la conscience, jusqu'au « point Oméga ».

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