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Nous obéissons à l'État parce que c'est la condition de notre survie

Thomas Hobbes · XVIIe siècle

Thèse

Imaginez un monde sans police, sans tribunaux, sans aucune autorité pour vous protéger : même le plus fort ne pourrait jamais dormir tranquille, car un plus faible, aidé de quelques alliés ou pris par surprise, peut toujours se faire tuer. C'est cette insécurité radicale que Hobbes appelle l'« état de nature » : chacun y a le droit de tout faire, ce qui conduit à la guerre de tous contre tous. Les individus n'obéissent donc pas à l'État par moralité ou par amour du bien commun, mais par calcul rationnel : pour sortir de cette situation invivable, ils acceptent de transférer leurs droits à un souverain (le Léviathan), qui garantit la paix et la sécurité en imposant des lois communes.

« La cause finale, le but, le dessein, que poursuivirent les hommes […] c'est le souci de pourvoir à leur propre préservation et de vivre plus heureusement par ce moyen. » – Léviathan, trad. F. Tricaud, Sirey, « Philosophie politique », 1971, p. 125, Dalloz, 1999

Exemples

  • Sans État (terreur) : dans l'état de nature, chacun est libre d'agir comme il le souhaite. Tout le monde étant susceptible d'agir au détriment des autres, il en résulte une insécurité permanente, où la peur et la méfiance dominent. Cette liberté absolue devient paradoxalement une forme d'oppression.
  • Avec l'État (sécurité) : en acceptant de limiter sa liberté et de déléguer le pouvoir à un souverain, chacun obtient en échange la sécurité. Les lois permettent de prévoir les comportements, de protéger les biens et les personnes, et donc de rendre possible une vie sociale stable (travail, projets, coopération).

Notes

Le fondement de l'obéissance est ici l'intérêt personnel rationnel, pas la morale. L'État est pensé comme une construction artificielle, issue d'un contrat implicite. La liberté naturelle est abandonnée au profit d'une liberté civile encadrée par la loi. Le souverain doit être suffisamment puissant pour garantir la paix, sinon le contrat perd son sens.

Débat

Rousseau : l'obéissance fondée sur la peur n'est pas la liberté – il faut fonder l'État sur la volonté générale. Locke : le souverain n'est légitime que s'il protège les droits naturels – sinon le peuple a le droit de résister.

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