Le sujet est-il une substance donnée, ou plutôt un acte qui se pose lui-même ? Fichte choisit la seconde option, la plus radicale : le Moi ne se déduit d'aucun fait antérieur, il se pose lui-même absolument, avant même de rencontrer le monde extérieur qui lui résiste. Kant avait ouvert la voie avec l'aperception transcendantale : pour qu'une phrase que je lis ait un sens, il faut qu'un seul et même « je pense » accompagne et unifie toutes mes représentations, sans quoi il n'y aurait qu'une suite d'états sans sujet pour les relier. Husserl reformule cette unité du sujet à travers l'intentionnalité : la conscience n'est jamais une chose fermée sur elle-même, elle est toujours conscience de quelque chose, tournée vers un objet. Lacan, enfin, déplace le sujet loin de toute maîtrise : il est traversé, structuré, par un inconscient qui obéit aux lois d'un langage qu'il ne maîtrise pas.