Jusqu'où s'étend notre responsabilité : à nos actes seulement, ou à ce qui nous dépasse ? Sartre pose le principe le plus exigeant : même inconscients, même de mauvaise foi, nous restons responsables de nos actes, notre liberté absolue ne laissant place à aucune excuse. Levinas déplace la source de cette responsabilité : elle ne vient pas d'abord de moi, mais du visage d'autrui, qui m'oblige avant tout calcul, au point que je suis en un sens l'otage de cet autre auquel je dois répondre. Jonas, enfin, étend la responsabilité au-delà de la relation humaine immédiate : à l'ère de la technique, capable d'effets planétaires et irréversibles, nous devenons responsables des générations futures et des conditions mêmes de la vie sur Terre, sur le modèle de la responsabilité parentale, qui prend soin d'un être fragile sans attendre de réciprocité.