L'imagination est-elle une simple faculté de reproduire des images, ou joue-t-elle un rôle bien plus fondamental ? Pour Aristote, la pensée elle-même ne peut rien penser sans images. Kant en fait une faculté intermédiaire indispensable, le schématisme, qui permet d'appliquer les concepts purs de l'entendement à l'expérience sensible. Sartre, à l'inverse, y voit un pouvoir de néantisation : imaginer, c'est se détacher du réel pour poser ce qui n'est pas. Bachelard s'intéresse quant à lui à l'imagination matérielle, celle qui rêve la matière elle-même plutôt que ses seules formes, tandis que son disciple Durand distingue deux grands régimes de l'image, l'un diurne et combatif, l'autre nocturne et enveloppant. Jung va plus loin encore en peuplant l'imagination d'archétypes communs à toute l'humanité, quand Eliade y voit le lieu où le sacré se manifeste au sein du monde ordinaire. Ricœur, enfin, montre que la métaphore vive crée elle-même du sens neuf, et Castoriadis étend ce pouvoir créateur aux sociétés tout entières, capables d'instituer leurs propres significations par un imaginaire radical.