Une illusion qui nous aide à vivre vaut-elle mieux qu'une vérité qui nous accable ? Nietzsche répond sans détour : oui, comme un placebo sans principe actif peut réellement soulager, une croyance fausse peut avoir une valeur véritable si elle nous permet de vivre mieux. Le bouddhisme radicalise cette méfiance envers nos évidences les plus intimes : même le moi, que nous tenons pour la chose la plus certaine qui soit, ne serait qu'une illusion, aucun soi permanent ne se cache derrière le flux changeant de nos états. Démocrite, à l'inverse, cherche sous l'illusion des sens une réalité stable : en vérité, il n'y a que des atomes et le vide, tout le reste n'étant qu'une convention de nos perceptions. Parménide va plus loin encore : l'Être seul est, immobile et éternel, le non-être ne pouvant, par définition, même pas être pensé.