Après Kant, comment fonder la philosophie sur un principe absolument premier ? Fichte part d'un acte plutôt que d'un fait : le Moi ne se déduit de rien, il se pose lui-même, absolument, avant de rencontrer une résistance, un monde qui ne se réduit pas à lui, qu'il nomme le Non-Moi. La liberté n'est alors plus seulement la capacité de se donner une loi, comme chez Kant, mais une activité pure, une tâche infinie que le Moi ne cesse jamais de poursuivre. Schelling s'oppose à cette vision qui réduit la nature à une simple limite extérieure : pour lui, la nature est elle-même un sujet en devenir, une activité inconsciente qui rejoint, dans l'art, l'activité consciente de la liberté. Il pousse enfin la question jusqu'à son point le plus vertigineux : si la liberté est réelle, elle doit pouvoir choisir aussi bien le mal que le bien, ce qui oblige à interroger l'origine même du mal dans la liberté humaine.