D'où viennent nos valeurs morales, si elles ne sont ni évidentes ni éternelles ? Nietzsche invente pour répondre la méthode généalogique : retracer l'origine, souvent peu glorieuse, de ce qu'on prend pour des vérités intemporelles. Le libre arbitre, montre-t-il, n'est qu'une fiction morale inventée pour rendre coupable celui qui a mal agi. Le bien et le mal eux-mêmes seraient des valeurs créées par les faibles pour brider les forts, un renversement de valeurs né du ressentiment. Même la vérité, à force d'être répétée, finit par oublier qu'elle fut d'abord une invention utile, comme une pièce de monnaie usée qui a perdu son relief. Foucault prolonge cette méthode vers le savoir lui-même : il n'existe pas de connaissance neutre et désintéressée, tout savoir est produit dans des relations de pouvoir qui déterminent ce qui peut être dit et pensé.