L'angoisse est-elle un accident à éviter ou une vérité à affronter ? Heidegger la distingue nettement de la peur : la peur a toujours un objet précis, tandis que l'angoisse surgit face à rien de particulier, sinon ma propre existence et la mort qui m'appartient en propre. Pascal, avant lui, décrivait déjà notre fuite devant cette conscience de la mortalité : incapables de rester seuls avec nous-mêmes ne serait-ce qu'une heure, nous nous jetons dans le divertissement pour ne pas y penser. Kierkegaard va plus loin : l'angoisse n'est pas à fuir, elle est le vertige même de la liberté, le sentiment vertigineux de tout ce que je pourrais faire. Jaspers, enfin, montre que certaines situations-limites (la mort, la souffrance, la lutte) ne sont pas des obstacles que la raison pourrait un jour dissoudre : elles révèlent l'existence elle-même.