L'amour naît-il d'un manque ou d'une plénitude ? Pour Platon, dans le Banquet, Éros naît précisément du manque : on ne désire que ce qui nous fait défaut, et l'amour est une ascension progressive, de la beauté d'un corps particulier jusqu'à la Beauté absolue elle-même. Spinoza propose une tout autre figure de l'amour, sans manque ni privation : l'amour intellectuel de Dieu, qui consiste à comprendre les lois nécessaires de la nature, procure une joie stable, la forme la plus haute de sagesse. Stendhal, lui, s'attache à un phénomène plus psychologique qu'ontologique : la cristallisation, ce moment où l'amour naissant pare l'être aimé de perfections imaginaires, lui prêtant des qualités qu'il n'a peut-être jamais eues.