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La vérité comme illusion

Friedrich Nietzsche · XIXe siècle

Thèse

Une pièce de monnaie usée, à force de circuler, finit par perdre son relief : on ne voit plus qu'un disque de métal, en oubliant qu'il porte encore, effacée, l'empreinte d'un visage gravé. C'est cette image que Nietzsche applique lui-même à la vérité : ce que nous appelons vérité est le résultat d'interprétations humaines devenues si familières que nous oublions leur caractère construit – comme des métaphores usées jusqu'à en perdre leur relief métaphorique et passer pour des réalités littérales. Nietzsche remet ainsi en cause l'idéal classique d'une vérité objective accessible à la raison : la connaissance apparaît moins comme la découverte d'un réel en soi que comme une perspective sur le monde façonnée par les besoins et les valeurs de la vie.

« Les vérités sont des illusions dont on a oublié qu’elles le sont. » – Le livre du philosophe, 1873

Exemples

  • Le concept comme métaphore : le mot « feuille » rassemble sous une même catégorie des millions d'objets singuliers pourtant différents. Pour former le concept, nous effaçons les différences individuelles et construisons une abstraction utile. Le langage simplifie la réalité au lieu de la reproduire fidèlement.
  • La vérité comme perspective : un historien, un biologiste, un artiste ou un croyant ne décrivent pas le monde depuis le même point de vue. Il n'existe pas de regard totalement neutre ou extérieur au monde. Toute connaissance est située dans une perspective déterminée par une culture, un corps, une histoire et des valeurs.

Notes

Pour Nietzsche, il n'existe pas d'accès direct à une vérité absolue. Le langage transforme et simplifie le réel, toute connaissance est interprétation, aussi les vérités sont des créations humaines qui répondent à certains besoins vitaux. La question n'est donc plus : « Cette idée correspond-elle parfaitement au réel ? » Mais plutôt : « Quelle valeur possède cette interprétation pour la vie ? »

Débat

Husserl : il existe des vérités objectives, notamment en logique et en mathématiques, qui ne peuvent être réduites à des interprétations variables. Russell : si toute vérité est interprétation, comment expliquer qu'une interprétation soit meilleure qu'une autre ? Arendt : certaines vérités factuelles demeurent indépendantes des interprétations ; un événement historique a eu lieu ou n'a pas eu lieu, même si les récits à son sujet divergent.