La vérité limitée au champ de l'expérience possible
Thèse
Je peux légitimement affirmer que cette pomme est rouge, car je peux vérifier mon jugement par l'expérience. Mais puis-je affirmer avec la même légitimité que mon âme est immortelle, ou que l'univers a un commencement dans le temps ? Aucune expérience possible ne pourra jamais trancher de telles questions – et c'est précisément ce que Kant entend démontrer : toute connaissance est limitée au domaine de l'expérience possible. Lorsque la raison prétend connaître ce qui dépasse toute expérience possible – Dieu, l'âme, le monde – elle produit des illusions métaphysiques.
« Les conditions de la possibilité de l'expérience en général sont en même temps les conditions de la possibilité des objets de l'expérience. » – Critique de la raison pure, 1781
Exemples
- Connaissance légitime : la physique, la chimie ou la biologie étudient des phénomènes observables et vérifiables. Leurs objets peuvent être donnés dans l'expérience et soumis à des lois universelles. Ces sciences produisent donc une connaissance valide.
- Connaissance illégitime : les affirmations « Dieu existe », « l'âme est immortelle », « le monde a un commencement absolu » dépassent toute expérience possible. Elles ne peuvent être ni démontrées ni réfutées par la connaissance scientifique ou métaphysique. Elles relèvent de la croyance rationnelle plutôt que du savoir.
Notes
L'illusion transcendantale n'est pas une simple erreur qu'il suffirait de corriger : c'est une tendance naturelle et inévitable de la raison à vouloir dépasser les limites de l'expérience. Kant distingue ainsi les paralogismes (illusions sur l'âme comme substance simple et immortelle), les antinomies (contradictions sur la totalité du monde) et l'idéal de la raison pure (l'idée de Dieu comme être nécessaire). La critique ne supprime pas ces idées, elle en limite l'usage à une fonction régulatrice plutôt que constitutive.
Débat
Strawson : les paralogismes reposent sur une confusion entre l'unité formelle du sujet pensant et son existence comme substance réelle et permanente. Bergson : les antinomies kantiennes reposent sur une conception spatialisée du temps, qui n'a rien de nécessaire ni d'universel. Nietzsche : l'idée d'une « chose en soi » est une fiction métaphysique inutile. Husserl : nous devons décrire les phénomènes tels qu'ils se donnent à la conscience sans maintenir une séparation aussi radicale entre phénomène et noumène. Popper : la science progresse précisément en repoussant sans cesse les limites de ce qui est connaissable ; les frontières du savoir ne sont jamais définitivement fixées.