La vérité comme consensus
Thèse
Un chef d'entreprise peut imposer sa décision par son autorité hiérarchique, un prêtre invoquer la tradition, un tyran la force brute – mais rien de tout cela ne suffit, selon Habermas, à établir qu'un énoncé est vrai. Une proposition est vraie lorsqu'elle pourrait être acceptée par tous les participants à une discussion menée dans des conditions idéales de communication : chacun libre de s'exprimer, égal aux autres, sans pression ni intérêt caché. La vérité ne dépend ainsi ni de l'autorité, ni de la tradition, ni de la force, mais de la capacité d'un énoncé à résister à l'examen critique d'interlocuteurs libres et égaux. Une affirmation est donc vraie si elle peut faire l'objet d'un consensus rationnel, obtenu uniquement par la force du meilleur argument.
« La vérité d'un énoncé signifie la promesse d'un consensus rationnel sur ce qui a été dit. » – Connaissance et intérêt, 1968
Exemples
- Faux consensus : un jury approuve unanimement un verdict sous la menace ou la pression sociale. L'accord existe, mais il n'est pas librement consenti. Il ne constitue donc pas un consensus rationnel. La domination remplace ici l'argumentation.
- Consensus rationnel : dans une communauté scientifique, une théorie est acceptée parce qu'elle résiste aux objections, aux tests et à la critique de spécialistes indépendants. L'adhésion résulte alors de la qualité des arguments plutôt que de l'autorité de ceux qui les défendent.
Notes
Pour Habermas, la vérité possède une dimension sociale et dialogique ; elle ne peut être réduite à une conviction individuelle ; elle exige des conditions de discussion équitables ; seule la force du meilleur argument doit déterminer l'accord. La recherche de la vérité est ainsi un processus collectif fondé sur la communication rationnelle.
Débat
Nietzsche : une discussion ne peut jamais être totalement libérée des rapports de force ; derrière les arguments subsistent souvent des intérêts, des volontés de puissance et des interprétations concurrentes. Foucault : les savoirs et les discours sont toujours liés à des rapports de pouvoir qui influencent ce qui peut être considéré comme vrai. Popper : même un consensus scientifique très large ne garantit pas la vérité ; une théorie peut être acceptée aujourd'hui et réfutée demain par une nouvelle découverte. Arendt : certains faits demeurent vrais même lorsqu'une majorité les nie ; la vérité factuelle ne dépend pas du nombre de personnes qui l'acceptent.