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La vérité comme cohérence

Gottfried Wilhelm Leibniz · XVIIe–XVIIIe siècle

Thèse

Que le tout soit toujours plus grand que la partie, personne ne peut le nier sans se contredire : c'est, pour Leibniz, une vérité de raison, vraie dans tous les mondes possibles. Mais que Napoléon soit né en Corse ne tient à aucune nécessité logique : rien n'empêchait qu'il naisse ailleurs – c'est une vérité de fait, qui ne repose pas sur une pure contradiction, mais sur une raison suffisante quelque part dans l'enchaînement infini des causes, que Dieu seul peut saisir entièrement. Une proposition est ainsi vraie soit parce qu'elle est logiquement nécessaire (vérité de raison), soit parce qu'elle est fondée sur une raison suffisante dans l'ordre des faits (vérité de fait). La vérité apparaît ainsi d'abord comme une exigence de cohérence rationnelle, avant d'être une simple correspondance avec l'expérience.

« Les vérités de Raisonnement sont nécessaires, et leur opposé est impossible, et celles de Fait sont contingentes, et leur opposé est possible. » – Monadologie, §33, 1714

Exemples

  • Vérité de raison : « 2 + 2 = 4 ». Cette proposition est vraie dans tous les mondes possibles. Sa négation (« 2 + 2 ≠ 4 ») implique une contradiction logique. De même avec la formule : « Un triangle a trois côtés ». Le prédicat est contenu dans le sujet ; l'analyse du concept suffit à établir la vérité.
  • Vérité de fait : « César a traversé le Rubicon ». Cette proposition est vraie historiquement, mais son contraire est concevable sans contradiction logique. César aurait pu agir autrement. De même quand on dit : « Il pleut aujourd'hui ». Cette affirmation dépend de l'état du monde et non de la seule logique.

Notes

Pour Leibniz, la vérité ne repose pas toujours sur l'expérience : certaines vérités sont fondées sur la cohérence logique des concepts ; d'autres dépendent des faits observables. Ainsi, la raison possède une capacité propre à produire des vérités indépendamment de l'expérience.

Débat

Hume : les vérités de raison ne nous apprennent rien sur le monde réel. Elles sont certaines, mais peu informatives sur l'expérience. Kant : certaines connaissances (comme les mathématiques) sont synthétiques a priori : elles sont nécessaires mais produisent un savoir nouveau. Nietzsche : une cohérence logique ne suffit pas à garantir la vérité ; un système peut être parfaitement cohérent tout en restant une construction humaine éloignée du réel. Russell : il est difficile de montrer que tout fait puisse être expliqué par une raison suffisante.