L'impossibilité de prouver la causalité
Thèse
Quand une boule de billard en heurte une autre et que celle-ci se met en mouvement, je suis convaincu d'avoir vu la première causer le mouvement de la seconde. Mais qu'ai-je réellement perçu ? Seulement une boule qui touche l'autre, puis un mouvement qui suit – jamais la « force » ou le « pouvoir » qui relierait nécessairement l'un à l'autre. Même en répétant l'expérience mille fois, je n'observe jamais rien de plus qu'une succession constante entre deux événements. La nécessité que je crois percevoir entre cause et effet n'est donc pas dans les choses – elle est dans mon esprit : à force de voir un événement suivre régulièrement un autre, je prends l'habitude de m'attendre au second dès que le premier survient, et je projette cette attente sur le monde extérieur en la prenant pour une loi nécessaire. Ce que nous appelons causalité n'est donc qu'une habitude de l'esprit, non une loi du monde.
« De la simple répétition d'événements passés, fût-elle à l'infini, il ne naîtra jamais aucune idée nouvelle et originale, comme celle de connexion nécessaire » – Traité de la nature humaine, 1739
Exemples
- Ce qu'on croit voir : une boule de billard en frappe une autre – on dit que la première « cause » le mouvement de la seconde.
- Ce qu'on voit réellement : un choc, puis un mouvement. Deux événements contigus. Le lien nécessaire, on ne le voit jamais – on le suppose.
Notes
C'est cette idée qui a réveillé Kant de son « sommeil dogmatique » et l'a poussé à écrire la Critique de la Raison Pure, pour établir clairement les limites de toute connaissance possible.
Débat
Kant : Hume confond la causalité empirique et la causalité comme catégorie a priori de l'entendement – la causalité n'est pas une habitude mais une structure nécessaire de l'expérience possible. Popper : le problème de l'induction posé par Hume est insoluble en restant sur le terrain de la vérification – c'est pourquoi la science ne peut procéder que par conjectures et réfutations, jamais par accumulation d'observations confirmantes.