La liberté comme obéissance à la loi qu'on s'est prescrite
Thèse
On croit souvent que la liberté consiste à n'obéir à aucune règle. Mais un homme livré à lui seul, sans aucune loi, reste à la merci de la force ou du caprice d'autrui – ce n'est pas là de la liberté, c'est de la précarité. Rousseau propose un autre critère : la liberté n'est pas l'absence de loi – c'est l'obéissance à la loi qu'on s'est soi-même prescrite. Par le contrat social, chaque citoyen aliène sa liberté naturelle à la communauté entière, qui la restitue sous forme de liberté civile garantie par la loi. Cette loi exprime la volonté générale – non la somme des volontés particulières (ce que chacun veut pour soi), mais ce que tous veulent en tant que citoyens, en vue du bien commun. En lui obéissant, chacun n'obéit donc qu'à lui-même : voter une loi puis s'y soumettre, ce n'est pas subir une contrainte étrangère, c'est se tenir à sa propre parole.
« L'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite est liberté. » – Du contrat social, Livre I, chapitre VIII, 1762
Exemples
- La loi imposée (servitude) : un roi décrète l'impôt – le sujet obéit par crainte. La contrainte vient du dehors : c'est de la servitude, même si la loi est juste.
- La loi délibérée (liberté) : les citoyens votent ensemble l'impôt – chacun contribue à une loi qu'il s'est lui-même donnée. Obéir, c'est se gouverner.
Notes
Contrairement à Kant, Rousseau pense la liberté dans le cadre politique et collectif – la volonté générale. Kant la pense moralement et individuellement – la raison personnelle. Rousseau écrit qu'on pourra « contraindre » le citoyen récalcitrant à obéir à la volonté générale, ce qui « ne signifie autre chose sinon qu'on le forcera d'être libre ».
Débat
Kant : la loi que l'on se prescrit n'est pas le produit d'un contrat collectif, c'est la loi morale que la raison pure pratique prescrit à chaque individu, indépendamment de tout accord social. Tocqueville : la volonté générale, dans une démocratie égalitaire, peut devenir tyrannie de la majorité. Marx : la volonté générale est une liberté formelle – elle ne touche pas aux conditions économiques qui rendent la participation réelle impossible pour la majorité.