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L'homme se distingue de l'animal par sa liberté

Jean-Jacques Rousseau · XVIIIe siècle

Thèse

Un animal affamé qui aperçoit de la nourriture se jette dessus sans hésiter – son instinct décide pour lui, sans résistance possible. Un homme affamé, lui, peut refuser ce même repas – par discipline, par principe, par choix. C'est cette capacité qui, selon Rousseau, distingue radicalement l'homme de l'animal : l'animal obéit à la nature, ses instincts le commandent sans reste. L'homme reçoit lui aussi des impulsions naturelles, mais il est le seul à pouvoir les accepter ou y résister – c'est sa liberté.

« La nature commande à tout animal, et la bête obéit. L'homme éprouve la même impression, mais il se reconnaît libre d'acquiescer ou de résister. » – Discours sur l'origine de l'inégalité, 1755

Exemples

  • L'animal (déterminé) : il est gouverné par l'instinct. Le loup affamé attaque sa proie – il ne peut pas choisir de s'abstenir par pitié ou par principe. L'instinct le gouverne sans appel.
  • L'homme (libre) : il est capable de résister à ses instincts. L'homme affamé peut choisir de jeûner par solidarité, de donner sa nourriture à un autre – il peut dire non à sa propre nature.

Notes

La thèse de Rousseau ouvre une tension qui traverse toute la philosophie moderne : si la liberté définit l'homme, faut-il en conclure qu'elle est un don (Rousseau), un devoir (Kant), un fardeau (Sartre) ou une illusion (Freud, Darwin) ? Chaque réponse engage une conception différente de ce qu'est l'être humain.

Débat

Kant : la liberté n'est pas seulement résistance à l'instinct, elle est autonomie – obéir à la loi morale que l'on se donne à soi-même. Sartre : l'homme n'est pas seulement capable de résister à la nature – il est condamné à être libre, sans nature fixe ni essence préalable. Freud : l'homme ne maîtrise pas vraiment ses impulsions : l'inconscient agit à son insu ; la liberté humaine est plus illusoire qu'il n'y paraît.