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Les deux types de liberté

Montesquieu · XVIIIe siècle

Thèse

Un prisonnier enfermé sans aucun pouvoir sur sa situation continue pourtant de vouloir, de choisir ses pensées, de se sentir l'auteur de ses résolutions – cette liberté-là, purement intérieure, ne dépend d'aucune loi ni d'aucun pouvoir extérieur. Montesquieu distingue ainsi deux ordres de liberté bien différents : la liberté philosophique (la puissance intérieure de la volonté individuelle, le sentiment de vouloir ce qu'on veut) et la liberté politique (le droit de faire ce que les lois permettent). La première est réelle mais insuffisante : aussi libre qu'il se sente intérieurement, le prisonnier reste à la merci de son geôlier, sans aucun recours. La vraie liberté civile se déploie donc dans et par les lois – à condition que ces lois soient elles-mêmes garanties contre l'arbitraire.

« La liberté est le droit de faire tout ce que les lois permettent ; et si un citoyen pouvait faire ce qu'elles défendent, il n'aurait plus de liberté, parce que les autres auraient tout de même ce pouvoir. » – De l'Esprit des lois, Livre XI, chapitre 3, 1748

Exemples

  • La loi : la loi n'est pas l'ennemi de la liberté – elle en est la condition. Sans elle, la liberté absolue d'un seul détruit celle de tous.
  • La sûreté : la liberté politique exige aussi la sûreté – ne pas craindre d'être arrêté arbitrairement, ne pas vivre sous la menace de l'État. Sans sûreté, la loi elle-même peut devenir instrument de tyrannie.
  • La séparation des pouvoirs : c'est le dispositif institutionnel qui rend la liberté politique réelle. En séparant pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire, on empêche qu'un seul corps concentre assez de pouvoir pour violer la loi. La séparation des pouvoirs est la liberté politique en acte.

Notes

Là où Rousseau voit la liberté comme obéissance à la loi qu'on s'est soi-même donnée (volonté générale), Montesquieu la voit comme protection contre la loi arbitraire. L'un pense la liberté par participation, l'autre par limitation du pouvoir – deux héritages qui traversent encore les débats constitutionnels contemporains.

Débat

Rousseau : la vraie liberté exige que chaque citoyen soit auteur des lois qu'il obéit, via la volonté générale. Marx : garantir à chacun le droit de faire ce que la loi permet ne change rien si les conditions économiques rendent ce droit illusoire pour la majorité. Benjamin Constant : la liberté politique de Montesquieu reste trop axée sur les institutions et pas assez sur la sphère privée – la liberté de conscience, de commerce, de mœurs. Tocqueville : la liberté politique au sens de Montesquieu peut donc être vidée de l'intérieur par une tyrannie de l'opinion et de la norme sociale, sans qu'aucune loi ne soit officiellement violée.