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L'état de nature (Hobbes)

Thomas Hobbes · XVIIe siècle

Thèse

L'état de nature est une hypothèse méthodologique, non un état historique réel : Hobbes imagine ce que serait la condition humaine en l'absence de tout pouvoir commun capable de nous contraindre. Or les hommes y sont à peu près égaux en force et en intelligence – le plus faible peut toujours tuer le plus fort en s'y prenant bien, par ruse ou en s'alliant à d'autres. Cette égalité, loin d'apaiser les rapports, les rend explosifs : puisque tous peuvent prétendre aux mêmes choses (les mêmes terres, les mêmes biens rares), naît entre eux une compétition permanente, redoublée par la méfiance (je dois frapper le premier avant qu'on ne me frappe) et par la vanité (chacun veut être reconnu supérieur). Ces trois ressorts – rivalité, méfiance, gloire – suffisent à transformer la coexistence en guerre de tous contre tous. Dans un tel monde, il n'y a ni industrie, ni culture, ni société : la vie humaine y est solitaire, misérable, dangereuse, animale et brève.

« La vie de l'homme est solitaire, pauvre, méchante, brutale et courte. » – Léviathan, 1651

Exemples

  • Sans État (chaos) : aucune loi n'encadre les rapports humains, rien n'est régulé, aucune stabilité n'est possible. S'ensuivent pillages, violences, une logique de chacun pour soi.
  • Avec État (paix) : on cède ses droits à un souverain absolu – le Léviathan – en échange de la sécurité et de la paix civile. Les conflits deviennent des litiges et sont réglés par l'État, et non par les individus eux-mêmes.

Notes

Contrairement à Rousseau, Hobbes pense que c'est la société – et non la nature – qui nous sauve de notre propre violence.

Débat

Rousseau : ce n'est pas la nature qui rend l'homme violent, c'est la société et la propriété privée qui le corrompent – l'état de nature hobbesien est une projection de vices déjà sociaux sur l'homme naturel. Marx retournera la question : ce n'est pas la peur qui légitime l'État, mais les rapports de production.