L'art comme création de l'Esprit
Thèse
Peindre un fruit à la perfection, jusqu'à tromper l'œil, force l'admiration technique – mais un vrai fruit serait, à cet égard, toujours supérieur à sa copie, aussi parfaite soit-elle : une nature morte ne se mange pas. Si l'art n'était qu'imitation, il serait donc condamné à rester toujours inférieur à ce qu'il copie. C'est pourquoi Hegel rompt avec toute la tradition depuis Platon : l'art n'est pas imitation de la nature – il est supérieur à la nature, précisément parce qu'il est autre chose qu'une copie : une création de l'Esprit. Ce que l'artiste produit porte la marque de la liberté humaine et de la conscience, ce qu'aucune nature, aussi belle soit-elle, ne possède. L'art est ainsi apparition sensible de l'Idée : il rend visible ce qui est spirituel. Il vise dès lors une forme d'adéquation parfaite entre le sensible et l'Idée – c'est ce que Hegel appelle l'idéal artistique, incarné par excellence dans la sculpture grecque.
« Le beau artistique est plus élevé que le beau dans la nature. Car la beauté artistique est la beauté née et comme deux fois née de l'esprit. » – Cours d'esthétique, 1818–1829
Exemples
- La nature (inférieure) : un coucher de soleil est beau – mais c'est une beauté contingente, non habitée par une intériorité consciente.
- L'œuvre d'art (supérieure) : Turner peint un coucher de soleil – et soudain la lumière dit quelque chose sur la mélancolie, le temps, la condition humaine.
Notes
Hegel annonce aussi la « mort de l'art » en ce sens qu'il cède le pas à la religion, puis à la philosophie, dans la progression de l'Esprit vers la connaissance absolue de lui-même. L'art reste valable – il perd simplement sa fonction de révélation suprême du vrai.
Débat
Nietzsche : l'art n'est pas l'incarnation de l'Esprit ou de l'Idée ; il est l'expression de la vie dans ce qu'elle a de débordant, d'irrationnel et de créateur. Bergson : l'art ne nous élève pas vers l'Idée ; il nous ramène à la richesse sensible du réel. Heidegger : la vérité de l'art n'est pas l'incarnation sensible d'une Idée, mais l'ouverture d'un horizon de sens.