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Le divertissement

Blaise Pascal · XVIIe siècle

Thèse

Pourquoi tant de gens redoutent-ils par-dessus tout de rester seuls, sans occupation, ne serait-ce qu'une heure ? Pascal y voit une fuite : l'homme ne supporte pas de rester seul en repos face à lui-même, car c'est alors qu'il ressent sa misère, sa finitude et sa mortalité. Pour fuir cette angoisse, il se jette dans le divertissement : les plaisirs autant que les tâches et responsabilités. L'objectif ? Se détourner des questions existentielles, s'étourdir, s'affairer, remplir le quotidien afin de ne pas avoir la place de penser.

« Tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne pas savoir demeurer en repos dans une chambre. » – Pensées, 1670

Exemples

  • Le roi : un roi sans obligations, sans sollicitations, sans guerre, sans bouffon, sans fêtes, est un homme plein de misères – c'est pourquoi on l'entoure d'une cour et on l'occupe sans relâche de chasses, de conseils, de cérémonies et d'audiences.
  • L'homme moderne : scroller sans fin sur son téléphone, avoir un agenda rempli, regarder des séries jusqu'à l'épuisement – autant de façons de ne jamais rester seul face à soi.

Notes

Le divertissement n'est pas un "mal" en soi. C'est tout ce qui détourne l’homme de la conscience de sa condition (ennui, finitude, mort), en l’occupant pour qu’il ne pense pas à lui-même. Pascal anticipe Heidegger (le « On »), Sartre (la mauvaise foi) et les neurosciences modernes (évitement expérientiel). Sa seule sortie : Dieu.

Débat

Spinoza : le problème n’est pas que l’homme se “divertit” pour fuir sa condition, mais qu’il est emporté par des passions qu’il ne comprend pas. La solution n’est pas la distraction, mais la connaissance rationnelle de soi et des causes de ses affects. Camus : il faut vivre avec l’absurde sans illusion religieuse ni distraction trompeuse. Là où Pascal invite à fuir le vide vers Dieu, Camus nous intime d'affronter le vide lucidement.