Le tonneau des Danaïdes
Thèse
Dans le Gorgias, Calliclès défend une thèse provocante : la vie heureuse consisterait à laisser grandir ses désirs le plus possible, puis à se donner les moyens de les assouvir sans cesse, sans jamais les brider. Socrate lui oppose une allégorie : l'âme de l'intempérant est comme un tonneau percé qui se vide sans cesse aussitôt qu'il est rempli. La recherche des plaisirs à outrance, les désirs non maîtrisés ne peuvent jamais être satisfaits durablement : plus on les assouvit, plus ils reviennent – plus grands. C'est l'image même de la servitude aux passions.
« La vie de plaisirs est celle où on verse et on reverse autant qu'on peut dans son tonneau. » – Gorgias
Exemples
- Le tonneau percé symbolise l'homme intempérant, qui court après les richesses, plaisirs, honneurs – chaque satisfaction est suivie d'un nouveau vide, qui appelle une nouvelle satisfaction fugace et un vide d'autant plus grand. Une telle existence est condamnée à un manque perpétuel, comme le supplice des Danaïdes.
- Le tonneau plein représente l'homme tempérant, qui a discipliné ses désirs – son âme est un vase sain, stable. Il n'a plus besoin de remplir sans cesse. Un tel sage cherche la maîtrise de soi et une âme ordonnée.
Notes
Cette thèse de Platon anticipe directement Épicure, pour qui les désirs vains ne peuvent être comblés et mènent au malheur.
Débat
Nietzsche : reproche à Platon (et au christianisme après lui) d'avoir transformé la maîtrise des désirs en idéal moral – avec la volonté de puissance, le désir n'est plus un défaut à corriger mais une force créatrice qui cherche à s'accroître. Hume : la raison ne fixe pas les fins, ce sont les passions qui motivent nos actions – « la raison est et ne doit être que l'esclave des passions », contre tout idéal rationaliste hérité de Platon.