← Bibliothèque

L'anthropologie structurale

Claude Lévi-Strauss · XXe siècle

Thèse

Toutes les cultures humaines obéissent aux mêmes structures mentales inconscientes. Mythes, rites, systèmes de parenté – tout peut être analysé comme un langage fait d'oppositions binaires (cru/cuit, nature/culture, vie/mort, masculin/féminin, sacré/profane). L'idée fondamentale est que, derrière la diversité apparente des cultures, il existe des formes d'organisation de l'esprit humain qui sont universelles.

« Nous ne prétendons donc pas montrer comment les hommes pensent dans les mythes, mais comment les mythes se pensent dans les hommes, et à leur insu. » – Mythologiques, 1964

Exemples

  • Le mythe d'Œdipe s'organise autour de deux oppositions : surestimation/sous-estimation des liens de parenté et affirmation/négation de l'origine terrestre de l'homme. Il cherche ainsi à résoudre symboliquement la contradiction entre l'autochtonie (l'homme né de la terre) et la réalité de la procréation humaine.
  • L'opposition entre le cru (proche de la nature) et le cuit (produit de l'intervention culturelle) constitue l'un des grands schèmes symboliques par lesquels de nombreuses sociétés organisent leurs mythes et pensent le rapport entre nature et culture.

Notes

On pourrait résumer la thèse de Lévi-Strauss ainsi : les hommes pensent différemment selon les cultures, mais ils pensent partout à l'aide de structures mentales comparables ; la tâche de l'anthropologie est de découvrir ces structures invisibles derrière la diversité des coutumes et des mythes.

Débat

Sartre : le structuralisme dissout le sujet et l'histoire dans des structures inconscientes, oubliant la praxis humaine, la liberté qui transforme le monde. Derrida : les oppositions binaires que Lévi-Strauss croit trouver dans les mythes (cru/cuit, nature/culture) sont en réalité instables et hiérarchisées – l'un des deux termes domine toujours secrètement l'autre.