L'amitié comme partage intégral
Thèse
Nous nouons souvent des liens à la légère, avant de nous en méfier une fois la relation avancée – comme si l'ordre naturel des choses était de faire confiance vite, puis de reculer. Sénèque prône l'inverse : on choisit un ami lentement et avec soin, en jugeant longuement s'il en est digne ; mais une fois le lien noué, on doit lui faire confiance sans réserve et se confier à lui comme à soi-même. La vraie amitié est ainsi un partage total de la vie, fondé sur la vertu plutôt que sur l'utilité ou le plaisir passager.
« Réfléchis longtemps sur l’adoption d’un ami ; une fois décidé, ouvre toute ton âme pour le recevoir ; parle aussi hardiment devant lui qu’à toi-même. » – Sénèque, Lettres à Lucilius, Lettre III
Exemples
- Fausse amitié (intérêt) : se lier à quelqu'un pour sa fortune – dès que la prospérité disparaît, l'ami s'évanouit.
- Vraie amitié (vertu) : celui à qui on peut tout confier – secrets, faiblesses, doutes – parce qu'on sait qu'il est de notre côté quoi qu'il arrive.
Notes
Sénèque ajoute une nuance absente d'Aristote et Montaigne : la prudence dans le choix, une forme de tri, puis une confiance absolue une fois le lien établi.
Débat
Montaigne : la vraie amitié est une fusion inexplicable qui dépasse toute règle – y compris la prudence dans le choix. Derrida : l'amitié est fondamentalement asymétrique et portée par le deuil – la confiance totale est une illusion.