Les noumènes
Thèse
Le phénomène est la réalité telle que nous la percevons au quotidien, filtrée par nos sens et notre entendement : je vois une pomme, je la prends dans la main, je la pèse, je la croque. Nous humains n'avons accès qu'aux phénomènes car tout pour nous passe par le filtre des perceptions, de ce qui se manifeste à nous. Nous ne pouvons pas saisir une pomme autrement que par les données de notre perception (immédiate ou remémorée). « Derrière » le phénomène, se cache la chose telle qu'elle est en elle-même, indépendamment de tout regard : le noumène. Ce n'est pas simplement une version plus détaillée ou plus riche de la pomme que je perçois – c'est un ordre de réalité qui dépasse nos catégories mêmes (l'espace, le temps, la causalité), et donc le prisme de toute perception, ce qui le rend radicalement inaccessible aux humains. Nous ne pouvons connaitre que les phénomènes, pas les noumènes.
« Quant à la nature des objets considérés en eux-mêmes et indépendamment de toute cette réceptivité de notre sensibilité, elle nous demeure entièrement inconnue. » – Critique de la raison pure, Esthétique transcendantale, 1781
Exemples
- Le phénomène (accessible) : une pomme rouge, sucrée, ronde – ce que je perçois via mes sens, structuré par mon entendement.
- Le noumène (inaccessible) : ce qu'est cette pomme en dehors de toute perception – sa nature profonde, réelle – restera à jamais hors de portée des humains.
Notes
Distinction centrale de la philosophie critique de Kant. Nous ne connaissons jamais les choses telles qu'elles sont en elles-mêmes, mais seulement telles qu'elles nous apparaissent à travers les formes de notre sensibilité et les concepts de notre entendement. Il ne peut donc pas y avoir de science métaphysique, puisque nous ne pouvons rien dire du noumène, si ce n'est qu'il nous est inconnaissable. Le noumène est la limite infranchissable de la connaissance possible. Vouloir connaître des objets simplement conçus par l'entendement, sans intuition sensible, ne peut que nous induire en erreur.
Débat
Hegel : séparer phénomène et noumène est intenable – si le noumène est inconnaissable, on ne peut même pas dire qu'il existe. Schopenhauer : le noumène, c'est la Volonté, et on peut y accéder par l'art et l'ascèse.