Le maître et l'esclave
Thèse
On ne devient pleinement soi-même qu'à travers le regard d'un autre qui nous reconnaît comme une conscience à part entière – seul avec moi-même, je ne suis jamais tout à fait certain d'exister comme sujet. Pour Hegel, cette exigence de reconnaissance engage d'abord un rapport de force : deux consciences s'affrontent, chacune voulant être reconnue sans avoir à reconnaître l'autre en retour, jusqu'à ce que l'une, préférant la vie à l'honneur, se soumette – l'une devient maître, l'autre esclave. Mais ce rapport se retourne : c'est l'esclave qui, par le travail, transforme le monde, acquiert un savoir-faire et une maîtrise que le maître, purement jouisseur, n'acquiert jamais – c'est donc lui qui devient l'agent véritable de l'histoire.
« La conscience de soi ne parvient à la satisfaction que dans une autre conscience de soi. » – Phénoménologie de l'Esprit, 1807
Exemples
- Le maître (apparemment libre) : il domine, est servi – mais n'est reconnu que par un esclave, une conscience qu'il nie. Sa reconnaissance est vide.
- L'esclave (apparemment vaincu) : en travaillant, il transforme le monde, développe sa conscience – et devient progressivement libre.
Notes
Marx verra dans cette dialectique le fondement de la lutte des classes. Sartre y puisera sa réflexion sur le regard d'autrui.
Débat
Sartre : reprend et radicalise cette dialectique – le regard d'autrui me pétrifie en objet, « l'enfer, c'est les autres ». Mais chez Sartre, à la différence de Hegel, aucune synthèse ni réconciliation finale n'est possible entre les consciences. Kojève : c'est le désir de reconnaissance, et non la raison abstraite, qui est le véritable moteur de toute l'histoire humaine – relecture qui influencera durablement la philosophie française du XXe siècle.