← Bibliothèque

La dialectique hégélienne

Georg Wilhelm Friedrich Hegel · XIXe siècle

Thèse

On croit souvent qu'une thèse nouvelle vient simplement remplacer celle qu'elle contredit, comme si le bourgeon disparaissait purement et simplement au profit de la fleur, puis la fleur au profit du fruit. Hegel voit les choses autrement : la fleur ne réfute pas le bourgeon, elle le prolonge en le dépassant, tout en le portant encore en elle sous une forme nouvelle. C'est ce mouvement qu'il appelle la dialectique : le mouvement interne de la pensée et de la réalité, par lequel une détermination révèle ses propres limites, engendre son contraire, puis est dépassée et conservée dans une unité plus riche. La dialectique est ainsi le processus par lequel le vrai se développe progressivement, non par addition d'idées extérieures, mais par le déploiement de contradictions internes.

« La contradiction est la racine de tout mouvement et de toute vie. » – Science de la Logique, 1812

Exemples

  • Point de départ : l'Ancien Régime – monarchie absolue basée sur l'ordre. Contraire : la Révolution française – liberté totale, table rase. Dépassement : l'État constitutionnel – il conserve l'ordre ET intègre la liberté dans des institutions.
  • L'exemple le plus fondamental, chez Hegel lui-même, est purement logique : l'Être pur (une détermination si vide qu'elle ne dit rien) se révèle indiscernable de son contraire, le Néant (tout aussi indéterminé) ; de leur contradiction surgit le Devenir, qui les conserve et les dépasse tous les deux en pensant le passage de l'un à l'autre.

Notes

On peut résumer la dialectique hégélienne ainsi : une détermination ou un concept est posé ; ce concept révèle une contradiction ou une insuffisance interne ; cette contradiction est elle-même niée et conduit à une forme plus riche qui conserve ce qui était vrai dans les moments précédents tout en les dépassant. On a coutume de résumer ce mouvement par la séquence Thèse-Antithèse-Synthèse.

Débat

Marx : ce n'est pas l'Esprit qui se développe dialectiquement à travers l'histoire, mais les conditions matérielles et les rapports de production – Hegel a mis la dialectique sur la tête, il faut la remettre sur ses pieds. Kierkegaard : la dialectique hégélienne dissout l'individu dans le mouvement du Tout – elle oublie l'existence singulière, irréductible à aucune synthèse.