L'éternel retour
Thèse
Imaginez qu'on vous annonce que vous devrez revivre votre vie exactement telle qu'elle a été, jusque dans ses moindres détails, et cela une infinité de fois. Rejetteriez-vous cette pensée avec effroi ou l'accueilleriez-vous avec joie ? C'est cette expérience de pensée à laquelle invite l'éternel retour : l'idée que chaque instant de notre vie se répétera infiniment, à l'identique. Il s'agit d'un test existentiel radical : voulons-nous cette vie telle qu'elle est, au point de la vouloir éternellement ? Répondre oui suppose une volonté de puissance pleinement affirmative et créatrice – elle seule qui peut vouloir la totalité de sa vie, une fois pour toutes et pour toujours.
« Et si un jour ou une nuit, un démon […] te disait : "Cette vie, telle que tu la vis et l'as vécue, il te faudra la vivre encore une fois et encore d'innombrables fois." » – Le Gai Savoir, §341, 1882
Exemples
- La réaction du nihiliste : l'idée l'écrase – sa vie ne mérite pas d'être répétée à l'infini. C'est l'aveu d'une vie ratée.
- La réaction du surhumain : il dit oui – amor fati, amour du destin. Il veut sa vie telle qu'elle est, souffrances comprises, à l'infini.
Notes
L'éternel retour est en quelque sorte l'impératif catégorique de Nietzsche : là où Kant demande « puis-je universaliser cet acte ? », Nietzsche demande « puis-je vouloir revivre ma vie et assumer mes choix éternellement ? »
Débat
Heidegger : l'éternel retour est la preuve que la pensée de Nietzsche reste métaphysique, car enfermée dans la figure de l'éternité – elle ne parvient pas à penser l'être au-delà de la présence permanente. Deleuze : au contraire, l'éternel retour ne fait pas revenir le même – il est une sélection ontologique qui ne fait revenir que la différence et le devenir, jamais l'identique ou le négatif.